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Ceci n’est pas un déchet
lundi 11 février 2008
Auteur : François Cardinal
« Property of the U.S. government » Voilà bien la dernière chose que je pensais trouver au bout de cette rue sans issue du sud-ouest de Montréal : un écriteau de la Marine américaine.
Une fois entré dans ce bâtiment anonyme de la rue William, je me trouve devant un amas de tuyaux et de fils branchés à une sorte de séchoir à cheveux crachant une flamme bleue. Il s’agit de la réplique d’une unité de gazéification qu’une petite compagnie québécoise, PyroGenesis, a eu le mandat de construire sur un porte-avions nucléaire de la US Navy.
Cette usine miniature doit servir à traiter les ordures produites lors des voyages en haute mer. On introduit les déchets par une ouverture, ils sont brûlés à très haute température, puis ils sont rejetés de l’autre côté sous la forme d’un gaz qui, à son tour, peut être transformé en énergie.
Visiblement, elle est révolue l’époque où les déchets produits en mer étaient tout simplement balancés par-dessus bord.
De la même façon, elle est derrière nous l’époque où les déchets de monsieur et madame Tout-le-Monde étaient tout simplement balancés dans un grand trou...
En effet, le cas des porte-avions est précurseur du virage en cours dans la société : les déchets ne sont justement plus des déchets, mais plutôt une ressource qui n’attend qu’une intervention humaine pour être transformée en gaz, en compost ou encore en carburant pour automobile. Ce n’est pas un hasard si les orientations environnementales du Parti libéral du Québec, dévoilées la semaine dernière, mettent l’accent sur la valorisation énergétique des déchets. Ou que les villes de la région métropolitaine aient récemment signifié leur intention de fermer tous les dépotoirs de la région d’ici 2025, comme vient de le faire Los Angeles.
Un peu partout dans le monde, que ce soit en Allemagne, aux Pays-Bas, en Corée du Sud et au Japon, les autorités rêvent de plus en plus à l’objectif « zéro enfouissement ». Car au Québec comme ailleurs, le problème de la production de déchets, qui ne cesse de croître malgré l’existence de la collecte sélective, est bien réel.
« Si les déchets existent, c’est que nous, les humains, sommes incapables de retourner sans heurt la matière à notre environnement, écrit Michel Séguin, dans Le scandale des déchets au Québec. D’où cette production de déchets qui constitue une anomalie sur la planète. »
L’idéal serait certainement de réduire à zéro non pas l’enfouissement, mais la production de déchets comme telle. Mais en attendant, plusieurs technologies alternatives à l’enfouissement sont en train de voir le jour, comme la gazéification, la méthanisation et la pyrolyse.
Tout cela arrive à point nommé pour le Québec. D’abord parce qu’il est de plus en plus difficile de convaincre les populations de la pertinence d’agrandir des dépotoirs. Ensuite parce que la politique québécoise de recyclage 1998-2008 vient à échéance à la fin décembre (l’Assemblée nationale a d’ailleurs entamé mercredi sa réflexion sur la suite à lui donner).
En outre, les entreprises québécoises sont en train de se tailler une place enviable dans la course technologique en cours en Occident...
Cela dit, bien que ce bouillonnement technologique soit impressionnant, il importe d’y aller posément et avec doigté. Comme le soulignera demain en commission parlementaire le Front commun pour une gestion écologique des déchets, l’impact réel de ces technologies sur l’environnement n’est pas encore très bien compris.
L’enfouissement a certes des défauts, mais au moins ils sont connus de tous. On ne peut en dire autant des nouvelles technologies pour l’instant, aussi séduisantes soient-elles.
Source : La Presse
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