Chine : les produits biologiques à l’épreuve des scandales
mercredi 11 février 2009
Deuxième pays producteur de bio au monde derrière l’Australie, la Chine développe une politique volontariste sur ce marché en forte croissance. Après les scandales alimentaires qui ont secoué le pays l’an passé, l’heure est aujourd’hui à la transparence et à la reconquête de la confiance des consommateurs.
En matière de produits labellisés « bio », la Chine est loin d’être à la traîne, comme l’explique Romuald Pieters, directeur de la SDAC, une société de conseil spécialisée dans l’agriculture et le développement durable. « La Chine est le 2ème producteur au monde de produits bio derrière l’Australie, le 1er en terme de surfaces cultivées. » Le développement des filières a été fulgurant : entre 2000 et 2006, la Chine est passé du 45ème au 2ème rang, avec 2,3 millions d’ha et 2500 fermes certifiées. Rien qu’entre 2005 et 2006, elle a contribué à augmenter de 12% la surface mondiale de cultures bio. Une progression expliquée à la fois par la pression de la demande extérieure mais aussi les préoccupations environnementales du gouvernement chinois, et l’existence de techniques d’exploitation traditionnelles, facilement transposables à l’agriculture bio.
Pour John Paull, professeur à l’université de Canberra, « le gouvernement a su utiliser le label « nourriture verte » conçu en 1990, pour réduire l’utilisation d’engrais chimiques, comme d’une première pierre pour développer une filière bio chinoise et l’élever aux standards internationaux. » La demande étrangère a fait le reste. Vendus 30 à 50% plus chers, les premiers thés labellisés ont enrichi leurs producteurs et incité l’Etat à investir dans la recherche. « Le taux de croissance du marché bio en Chine est légèrement inférieur à 20% », observe Romuald Pieters. « Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les grandes municipalités investissent aujourd’hui des millions d’euros dans la construction de fermes bio. »
Une palette de certifications
En plus des normes dites « sans pollution » et « nourriture verte » déjà existantes, la Chine dispose donc depuis 2005 d’un standard bio national inspiré de l’européen, mais moins contraignant, puisqu’elle n’exige pas de nourriture bio pour les animaux. Selon Ella Wang, de Greenpeace Chine, il existerait une soixantaine d’organismes certificateurs en Chine. Les plus importants étant l’OFCD (China Organic Food Certification Center) créé en 1994 et seul membre de la fédération internationale des mouvements de l’agriculture biologique (IFOAM), et le COFCC créé en 2002. Les produits exportés sont certifiés par des organismes étrangers comme ECOCERT (France), JONA (Japon) ou OCIA (Etats-Unis).
Mais ce système de régulation n’a pas toujours eu les effets attendus. En novembre 2008 par exemple, 300 tonnes de soja bio chinois ont été interceptées en France avec un taux de mélamine 30 fois supérieur au seuil normal. ECOCERT, qui avait donné son feu vert, assure pourtant certifier les produits chinois selon les mêmes normes que les français, en renforçant les procédures de contrôle. « Il y a eu fraude délibérée de la part d’un producteur parmi des milliers, explique Julie Basdevant, d’ECOCERT. Lorsque cette fraude a été signalée au niveau européen, nous avons inclus la mélamine, dont jamais personne n’aurait imaginé qu’elle puisse se trouver dans un aliment, dans nos tests. L’affaire ne doit donc pas remettre en question la qualité du contrôle ni celle du cahier des charges bio, par ailleurs très exigeant. »
Confiance ébranlée
Si 68% des Pékinois ont acheté bio au moins une fois, selon un sondage de Greenpeace réalisé en janvier 2008, leur confiance est pourtant loin d’être acquise : au total, seuls 0,02% des aliments consommés sont bio. La raison tient à la fois à la nouveauté du label bio chinois, mais aussi à la concurrence des standards. « Hormis les classes moyennes aisées, la population a tendance à accorder moins de crédit aux labels qu’aux vendeurs de rue avec qui elle établit un rapport de confiance », observe Paul Kledal, de l’Institut de l’Alimentation de Copenhague. Le prix des produits, 3 à 5 fois plus élevé, ne devrait au contraire guère influencer la décision d’achat de la classe moyenne urbaine. Malgré ce manque de confiance, le marché intérieur se renforce : selon la SEPA*, l’écart entre les produits exportés et importés est passé de 86% en 2003 à 20% en 2008. A long terme, plusieurs facteurs parlent en faveur du développement du marché chinois du bio. « Il rapporte plus au producteur et ne nécessite plus d’investir dans des intrants coûteux », observe le chercheur John Paull. « En plus, le bio permet de lutter contre la pauvreté dans les zones reculées et non polluées. » Les organisateurs de BioFach 2009, le salon mondial des produits bio, se montrent aussi optimistes : « Le bio chinois est en passe de sortir de son marché de niche. A Shanghai, les revenus moyens représentent un million de consommateurs et les points de vente se multiplient », lit-on sur leur site. Et à en croire un texte diffusé en septembre 2008 sur l’internet chinois, les hauts fonctionnaires du régime, eux, ne consommeraient que des produits issus de réseaux de production et de distribution bio entièrement dédiés !
Source : Novethic
fr
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Stratégie de communication Internet: Christelle Masson, MBA |
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