Croissance du tourisme : entre menaces et opportunités
mercredi 21 mai 2008
La première industrie de la planète est aussi l’une des plus irresponsables : le tourisme. Les flux devraient tripler en une génération (1,5 milliard en 2020). Cette croissance oblige le secteur dans son ensemble à passer au durable. Le défi est loin d’être relevé tant sur le plan social qu’environnemental.
Le PNUE vient de d’éditer « le Passeport Vert » un site Internet grand public pour guider les occidentaux dans la pratique d’un tourisme plus durable. Les enjeux du secteur sont énormes : première recette mondiale en termes d’exportations, 12 % du PIB mondial. Avec une progression du nombre d’arrivées de 31% ces trois dernières années (890 millions d’arrivées en 2007) le tourisme est responsable (entre autres) de 5% des émissions de CO2. Plus que de petits gestes, les individus et les familles devront revoir la teneur et la longueur de séjours, ainsi que leur façon de voyager. « A terme, il faudra partir plus près de chez soi. Et lorsqu’on ira loin, ce sera plus longtemps et moins souvent, avec des séjours plus riches en contenu » analyse Ghislain Dubois, consultant de TEC (Tourisme et Environnement Conseil) qui considère que le développement aérien ne peut se faire au rythme du tourisme : « l’efficacité énergétique s’améliore de 1% par an quand le trafic augmente de 5%. C’est mathématiquement incompatible avec les objectifs d’émissions » assène-t-il. Alors que les compagnies aériennes discutaient à Bangkok, début avril, sur la façon de payer leur cote part, un autre défi s’annonce : à partir de 2011, les compagnies seront soumises au marché européen des quotas de CO2, malgré la vive opposition du secteur (voir article lié).
Le paradoxe du développement touristique
Le réchauffement climatique n’est pas seulement synonyme de hausse des coûts mais aussi de perte de destinations, puisque des plages et des atolls entiers menacent de disparaître avec leur barrière de corail, sous le coup du réchauffement des océans ; sans parler du tourisme d’hiver, qui recule avec l’enneigement des montagnes. Tel est le paradoxe de la production touristique, qui contribue à dégrader les ressources sur lesquelles elle est basée. Selon TEC Conseil, les zones les plus critiques actuellement en matière de gestion sont la Méditerranée, l’Asie du Sud-Est et les Caraïbes.
Par exemple, la Méditerranée reçoit sur ses côtes en moyenne 2300 touristes/km et 30% de son linéaire côtier est déjà artificialisé. Le Plan Bleu, organisme des Nations Unies regroupant les pays méditerranéens, prévoit qu’en 2025, si rien n’est fait pour inverser la tendance, elle devra accueillir 3300 touristes/km et 5000 km supplémentaires seront construits sur un total de 46000. Comment gérer le doublement des flux ces quinze prochaines années sur ces zones vulnérables ? Parmi les règles que préconise le Plan Bleu : « se développer en profondeur plutôt que sur le littoral, penser la mobilité très en amont et construire de façon assez concentrée pour limiter les voitures » énumère Elisabeth Coudert, chargée de mission. « Il faut être innovant » ajoute Ghislain Dubois, « plutôt qu’un tourisme balnéaire banal et interchangeable, comme est en train de prévoir la Libye, elle devrait développer l’hébergement traditionnel en tente, dans le désert et la visite de ses cités antiques. Accueillir les gens au milieu des orangers pourrait sauver les oasis au Maroc… » cite Ghislain Dubois qui conduit un projet dans ce sens. Aux Seychelles et sur l’Ile Maurice, la sélection par le haut de gamme a permis une certaine prospérité sans trop construire. Le Bhoutan va jusqu’à fixer un quota annuel de touristes, qui payent à la frontière. Alors qu’au Maroc, en Tunisie, en Turquie, dans les îles grecques, à Malte ou à Majorque, il est urgent d’agir pour endiguer la pression touristique, d’autres destinations en devenir comme la Syrie, l’Algérie, l’Albanie et la Libye ont encore la possibilité de construire des structures touristiques plus durables.
Limites de l’approche volontaire
Ces impératifs nécessitent des réglementations contraignantes car le secteur touristique est trop atomisé pour s’autoréguler. En Europe, seuls 1 à 10% des hébergements sont éco-labellisés dans les pays où ces labels existent. Aucun acteur touristique américain n’a signé le Global Compact. En France, Accor est la figure de proue du secteur et pourtant « ils ne sont qu’au début. Ils doivent rehausser leurs exigences et en faire un axe prioritaire » commente Stéfanos Fotiou du PNUE. Arab Hoballah, du PNUE, milite, lui, pour la sensibilisation : « Il faut faire la même chose avec la gestion de l’eau et de l’énergie que ce que l’on a fait sur le tourisme sexuel » exhorte-t-il. Autre tendance à inverser : les très bas salaires du secteur et la répartition des bénéfices. Sur 100 euros dépensés par un touriste via un tour opérateur, seuls 20 euros restent dans les pays du Sud.
Source : Novethic
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Secteur du tourisme
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Stratégie de communication Internet: Christelle Masson, MBA |
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