DU SOLEIL ET DE L’ESPOIR

mercredi 12 mai 2010 par Christelle Masson

On prédit à l’énergie solaire un avenir prometteur. Elle enregistre depuis plus de vingt ans une baisse ininterrompue des coûts qui se prolongera dans le futur. Ainsi la production de masse et la croissance des marchés dans les pays riches (notamment en France et en Allemagne, grâce à des généreux programmes de subventions) permettent d’accélérer la baisse des coûts, ce qui devrait contribuer à rendre l’énergie solaire de plus en plus accessible économiquement aux marchés des pays en voie de développement.

Pauvreté énergétique et désertification

Avec un taux d’électrification de 34 %, quatre cent millions de personnes vivent sans électricité en Afrique . Des millions d’habitants doivent se chauffer et cuire leurs aliments en utilisant le bois, accentuant ainsi, peu à peu, le problème de la désertification dans certains pays. La lutte contre la coupe abusive du bois, le reboisement en zone industrielle et rurale ainsi que la recherche d’alternatives en matière d’énergie de substitution constituent les principales armes pour combattre ce fléau. Riche de soleil, le continent africain utilise l’alternative solaire à moindre échelle, qui pourrait pourtant compenser ses problèmes d’approvisionnement en pétrole. « Il y a des obstacles institutionnels (absence de volonté politique), des obstacles financiers (difficulté d’obtenir des crédits pour faire les investissements initiaux) et des obstacles technologiques  : il faut des ingénieurs et des techniciens formés pour la réalisation et la maintenance des installations », explique le chercheur ivoirien Christophe Gbossou.

À ce jour, la plus grande centrale se situe au Rwanda ; il s’agit d’un projet d’origine allemande qui a donné naissance à une centrale photovoltaïque de 250 kW avec des panneaux installés sur quatre hectares. D’autres initiatives de petites échelles d’électrification rurale voient le jour à travers le continent.

DESERTEC : d’un projet démesuré ….

Chaque km2 de désert reçoit annuellement une énergie solaire équivalente à 1,5 million de barils de pétrole. Un vingtième de la surface du Sahara couverte de capteurs solaires suffirait à approvisionner la planète en électricité.

Évidemment, c’est sans compter le mégaprojet DESERTEC – consortium d’entreprises principalement allemandes - de bâtir une centrale solaire de plusieurs milliers de kilomètres carrés dans le désert africain pour produire au départ 15 % des besoins énergétiques européens tout en réduisant ses d’émissions de CO2 et probablement porteur d’espoir pour les populations locales. Ce projet répondrait également aux besoins des pays producteurs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. On ne parle pas juste d’énergie mais aussi de participation au développement des pays, notamment en créant des emplois locaux, en s’appuyant sur l’expérience de la main d’œuvre acceptant de travailler dans les conditions dures du désert.

À grand projet, grandes critiques : des coûts faramineux, 400 milliards d’euros, à dépenser sur quarante ans, s’ils sont respectés ( !)… ; une technologie - centrales solaires thermodynamiques - utilisant de l’eau douce dans une région qui en manque ; ne serait-ce pas non plus une sorte de néocolonialisme ?

… à des projets plus réalistes

Bâtir des mini-DESERTEC, plus réalistes, répartis sur le continent africain où des entreprises occidentales installées là-bas pourraient y prendre part pour leurs propres besoins tout en participant au développant des pays africains.

Pour des gains environnementaux

Dans un contexte de changement climatique et de dégradation des ressources naturelles, la mise en place puis la multiplication de centrales d’énergie solaire sur le continent Africain seraient positives en termes de retombées environnementales. Pour limiter la dépendance envers les hydrocarbures, qui seront de plus en plus inaccessibles, pour limiter l’utilisation du bois à des fins énergétiques entrainant la dégradation des forêts et pour limiter de nombreuses façons, l’émission de GES… et surtout pour diversifier les sources d’énergie.

Pour des gains sociaux

L’énergie est directement reliée au développement d’un pays. L’augmentation de l’électrification du permettrait au niveau social de moins subir de coupures d’électricité, de bénéficier d’une amélioration des services de santé avec un accès plus sûr à l’électricité, une facilitation pour l’éducation des enfants, un gain de temps pour les femmes qui pourraient alors faire des activités à valeur ajoutée, plutôt que de ramasser le bois, une amélioration de la santé de la femme (la cuisine au bois, bien que traditionnelle, constitue un facteur de cancer du poumon et de maladies respiratoires chroniques) Pour des gains économiques

Avant tout, de tels projets permettraient à certains pays d’être moins dépendants du pétrole et aux entreprises d’assurer leur sécurité énergétique tout en se prémunissant de la hausse du coût du baril. Ils généreraient des emplois, directs et indirects, et dynamiseraient les régions ou les centrales seraient installées.

La perspective d’une augmentation du coût du pétrole contribuera grandement à ce que ce genre de projets soit rentable à long terme, surtout pour les pays non producteurs de pétrole, dépendants des cours fluctuants du baril, qui pourraient augmenter, selon les prévisions les plus pessimistes jusque 200 $ le baril d’ici 2012.

Des investissements très élevés

Cependant l’investissement de départ est très élevé ce qui soulève la problématique de la rentabilité des nouvelles technologies environnementales, surtout dans le contexte des pays en voie de développement. Comme l’indiquent les conclusions du rapport Stern , l’investissement en environnement doit être à hauteur de 1 % du PIB d’un pays afin de réduire la progression des changements climatiques. Comment réaliser un tel exploit ? Dans le cas de l’énergie solaire, des pays comme la France, l’Allemagne et la Chine supportent la technologie émergente et son développement de masse grâce à des généreux programmes d’incitatifs fiscaux pour la R&D . Dans le cas des pays en voie de développement, la responsabilité en incombe en partie aux pays riches et des entreprises qui exploitent les ressources. Au delà de l’investissement monétaire, la responsabilité peut se traduire par un transfert d’expertise, un accès aux technologies environnementales libres de droit et des subventions d’organismes internationaux de développement et/ou d’énergie. L’accès à l’énergie constitue un préalable au développement humain, ce dont bénéficient non seulement les pays soutenus, mais également leurs partenaires politiques, financiers et commerciaux.

Christelle Masson


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