Des entreprises socialement responsables ! Rêve ou réalité ?

jeudi 8 juillet 2010 par Simon Alami

Créer de la richesse économique constitue la raison d’être de l’entreprise privée telle que connue dans l’Occident. Si cette déclaration fait consensus, il n’en est pas ainsi en ce qui a trait à sa « responsabilité sociale ». Certains confient à l’entreprise privée une responsabilité sociale accrue alors que d’autres la qualifient d’outil stratégique nécessaire à la création de valeur économique.

La communauté des affaires et la société en générale, versant dans l’anthropomorphisme, attribuent un nouveau rôle à l’entreprise : celui d’être « socialement responsable ». Or, ce sont les gens et non les entreprises qui peuvent être socialement responsables ! Plusieurs facteurs peuvent influencer le comportement des dirigeants à cet égard : la réglementation publique et privée, le militantisme de groupes de pression, les normes sociales qui déterminent ce qu’est un comportement socialement responsable, et finalement l’ensemble des interactions entre les entreprises entre elles et avec ses parties prenantes.

Les dirigeants voient leur comportement social varier selon certaines conditions. En effet, les engagements socialement responsables ont tendance à diminuer quand le contexte économique est peu favorable ou quand la performance de l’entreprise est en deçà des attentes. En outre, en l’absence de compétition ou en présence d’une compétition intense, les dirigeants d’entreprise ont moins tendance à s’engager dans des comportements socialement responsables. À contrario, et compte tenu de l’importance du contexte institutionnel de l’entreprise, les dirigeants ont tendance à se comporter de façon socialement responsable quand la réglementation les y contraint, quand l’industrie est auto réglementée ou quand ils font objet d’observation des groupes de pression. Finalement, des leaders d’opinion se succèdent en influençant ou en exprimant se qui constitue un comportement corporatif responsable. Dans la société capitaliste, les dirigeants sont les gardiens de la valeur aux actionnaires. Ils ont le mandat de créer de la valeur économique en respectant les lois et les normes sociétales. Ils peuvent très bien faire preuve de générosité en allouant une partie plus ou moins importante de leurs richesses personnelles à des œuvres caritatives, mais ne peuvent agir aussi librement avec les fonds de l’entreprise. Si nous avons collectivement accepté que le dirigeant soit d’abord un agent au service de ceux qui l’ont sélectionné, c’est-à-dire, les actionnaires, alors nous devrions accepter que le dirigeant ne peut être socialement responsable que s’il crée de la valeur économique, car c’est la raison d’être de son mandat. Loin des débats philosophiques, je considère que la création de la richesse économique appelle des modèles d’affaires en harmonie avec l’opinion publique. L’entreprise privée fleurie à condition de jouir d’une confiance et d’une légitimité octroyées à ses activités et à ses dirigeants. Pour ce faire, l’équipe dirigeante doit respecter à la fois les lois en vigueur, les normes sociétales et la moralité. Il est donc légitime de s’attendre à ce que les capitalistes exploitent les ressources communes de façon responsable en réussissant la création de richesse économique aujourd’hui sans mettre en péril l’avenir des générations futures.

En définitive, la responsabilité sociale est une construction sociale. Chacun la définit selon ses propres paradigmes et intérêts. Il y a un marché de causes sociales que différentes parties prenantes tentent d’exploiter. Selon les cas, un groupe de pression succède un autre à la recherche de sa part de fonds et d’attention.

Simon Alami, MBA


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