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L’illusion technologique
mardi 15 janvier 2008
À en croire les ténors des pouvoirs politique et économique d’Amérique du Nord, le développement technologique s’avère la panacée aux émissions polluantes, en particulier la séquestration du CO2. Ce procédé permettrait d’éliminer la majorité des émissions mondiales des gaz à effet de serre (GES), rien de moins. Ne serait-ce pas plutôt une dangereuse illusion ?
La séquestration du carbone, peu connue du public, fait l’objet de projets-pilotes depuis une dizaine d’années, dont un à Weyburn, en Saskatchewan. Il s’agit, en gros, de séparer le CO2 de ses sources industrielles et énergétiques, de le transporter, puis de l’isoler de l’atmosphère en le piégeant sous terre ou sous l’eau. Les États-Unis, en particulier, fondent de grands espoirs dans le procédé.
Ils investissent d’ailleurs un milliard de dollars dans FutureGen, avec une douzaine de partenaires privés. Le projet consiste en la construction d’une centrale thermique de production d’électricité de 275 MW qui carburerait au « charbon propre » (clean coal). Il ne s’agit pas que de considérations environnementales, on s’en doute, mais aussi géopolitiques puisque le procédé permettrait de substituer le charbon à l’importation de pétrole.
Les limites de la méthode
On vous épargne les détails techniques, voire les appréhensions des écologistes sur l’énergie requise dans le procédé qui annulerait, en quelque sorte, les gains en GES. Retenons simplement qu’on veut tester une méthode d’enfouissement sur les lieux mêmes (Mattoon, Illinois).
L’idée divise les milieux scientifique et écologique. D’abord parce que l’extraction même du charbon a un impact important sur les écosystèmes, même si les méthodes ont grandement évolué depuis Germinal. Ensuite, parce qu’il y a une limite à enfermer le CO2 dans les anciens réservoirs de pétrole et de gaz naturel.
« C’est clair qu’il y a une capacité limitée », souligne Georges Beaudoin, un expert de l’Université Laval. Le professeur, qui endosse l’idée de la séquestration, émet tout de même des réserves.
Il souligne qu’avant de s’emballer, il faut prendre en considération les coûts de la capture (entre 20 $ et 70 $ la tonne de CO2 selon Ressources naturelles Canada) et du transport par pipeline (1 $ la tonne par 100 km). Il faut aussi analyser les autres impacts sur l’environnement.
L’extraction des éléments toxiques du charbon crée des boues qui peuvent finir par contaminer la nappe phréatique. La conversion du charbon, par liquéfaction ou gazéification, pour qu’il soit « propre » exige de stupéfiantes quantités d’eau : des millions de litres. On connaît mal la quantité de sous-produits et leur niveau de toxicité.
Au fait, la technologie est loin d’être au point. Selon le rapport « L’avenir du charbon » (2007) du réputé Massachusetts Institute of Technology (MIT), « il n’existe aucune norme pour mesurer, contrôler et vérifier (la séquestration) du CO2. La durée requise de surveillance du carbone séquestré demeure une inconnue ».
Il plane en effet de grandes inconnues sur les effets à long terme de la séquestration comme telle, notamment sur les nappes d’eau souterraines que le carbone pourrait contribuer à acidifier. Il y aussi la question de la perpétuité de l’enfermement.
Une question de consommation
Ce serait vraiment bien si la séquestration permettait d’éliminer d’un coup de baguette magique les GES. Mais l’humanité se berce d’illusions si elle met tous ses œufs dans le panier technologique, d’une grandeur limitée.
Évidemment, il est tout aussi illusoire de croire que les énergies renouvelables vont remplacer les hydrocarbures. Tous les scénarios énergétiques actuels se rejoignent sur le fait que la demande en énergie va en augmentant, au moins jusqu’au milieu du siècle, et que les énergies fossiles continueront à en satisfaire plus de 80 %.
Dans ce contexte, la séquestration de CO2 demeure prometteuse, mais il s’agit d’une partie seulement de la solution à une réduction mondiale de la pollution. Car le début de la solution, c’est la diminution de notre consommation et l’élimination du gaspillage d’énergie.
Source : Le Soleil
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