Le Sommet de Copenhague s’achève sur un échec

lundi 21 décembre 2009

Ce que contient le texte de Copenhague

Une hausse des températures globales limitée à 2 °C

Dans le document politique négocié, les dirigeants prévoient de limiter le réchauffement planétaire à 2 °C d’ici à 2050 par rapport aux niveaux pré-industriels, l’objectif affiché de la conférence sur le climat. C’est moins ambitieux que ce que réclament les petits Etats insulaires, représentés par Grenade et les Maldives, qui militaient avec les pays les moins avancés pour une hausse maximale de 1,5 °C par rapport aux niveaux pré-industriels.

Pas d’objectifs de réduction des émissions de CO2

L’accord ne fixe pas d’objectifs chiffrés de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Pour les pays industrialisés, les objectifs de réduction d’émissions de CO2 d’ici à 2020 ne seront fixés qu’en janvier, après que chacun des pays industrialisés "aura donné par écrit" ses propres engagements, selon le président français, qui a précisé que l’Union européenne maintiendrait son objectif de réduire ses émissions de 80 % d’ici 2050. Cependant, l’UE ne reverra pas à la hausse son objectif de réduction à l’échéance 2020, qui sera de 20 % et non de 30 % comme l’espéraient certains négociateurs.

Selon un calcul des Nations unies, l’addition des promesses faites à ce jour publiquement par les différents pays conduirait à une hausse de la température moyenne de la planète de 3 °C, bien au-delà de l’objectif souhaité des 2 °C. Une proposition annexée à l’accord appelle la communauté internationale à conclure un traité contraignant d’ici la fin de l’année prochaine.

Aide à l’adaptation des pays en développement

Les chefs d’Etat ont accepté de consacrer 100 milliards de dollars par an d’aide aux pays en développement à compter de 2020 et d’examiner pour ce faire des financements innovants. les Etats-Unis se sont engagés à verser 3,6 milliards de dollars d’aide aux pays les plus vulnérables d’ici 2012 pour les aider à s’adapter aux impacts du changement climatique. "L’engagement collectif des pays industrialisés est d’apporter des ressources nouvelles et supplémentaires [à l’aide au développement]" d’un montant total de 30 milliards de dollars, précise le texte. L’Union européenne avait déjà promis de verser 10,6 milliards de dollars sur les années 2010, 2011 et 2012 et le Japon a annoncé à Copenhague 11 milliards de dollars sur les trois ans.

Il n’y aura pas d’Organisation mondiale de l’environnement

L’accord ne prévoit pas la création d’une Organisation mondiale de l’environnement qui aurait pu vérifier la mise en œuvre des engagements de chacun, les contraignant légalement. Pour Nicolas Sarkozy, le volet juridique, absent de cette déclaration politique, sera à nouveau débattu lors de négociations à Bonn que la chancelière allemande Angela Merkel organisera "dans six mois" pour préparer la prochaine conférence sur le climat de Mexico, fin 2010.

Point de friction majeur, en raison notamment du rejet chinois de toute intervention extérieure, la partie du texte sur la vérification internationale du respect des engagements pris est la plus longue du projet d’accord. Elle précise que les économies émergentes doivent faire le bilan de leurs efforts et en rapporter aux Nations unies tous les deux ans. Des contrôles internationaux sont prévus pour répondre aux exigences occidentales de transparence mais le texte garantit le "respect de la souveraineté nationale". Une manière d’écarter tout contrôel contraignant.

Protection des forêts

Le texte "reconnaît l’importance de réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts, et la nécessité d’améliorer l’élimination de gaz à effet de serre par les forêts". Il prévoit des mesures "incitatives" pour financer la protection des forêts avec des fonds des pays développés.

Un accord annoncé trop vite ?

Obligé - ironie du sort - par la météo à décoller plus tôt que prévu pour Washington, Barack Obama a salué hier soir un accord « significatif » et « sans précédent ». Moins positif, Nicolas Sarkozy a quant à lui fait part de sa déception, tout en estimant « positif » cet accord, « même s’il n’est pas parfait ». Selon les deux chefs d’Etat, l’un des points à retenir était le consensus trouvé par les 192 pays qui participaient au sommet. « La totalité de ces engagements chiffrés sera présentée au mois de janvier », a expliqué le chef de l’Etat, qui est reparti dans la nuit pour Paris.

Une déclaration sans doute un peu prématurée : dans la nuit, nombre de déclarations sont venues démentir ce consensus. A la tête de la contestation, le petit archipel de Tuvalu, dont l’existence même est mise en danger par le réchauffement climatique, et qui estime que cet accord est « une poignée de petite monnaie pour trahir notre peuple et notre avenir ».

Finalement, faute de consensus, samedi matin, la conférence des Nations unies a « pris acte » de l’Accord de Copenhague. Un geste qui, selon Alden Meyer, directeur de l’Union of concerned scientists, « donne un statut légal suffisant pour rendre l’accord opérationnel sans avoir besoin de l’approbation des parties ». Cette validation constitue une première « étape essentielle », a estimé le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

La fronde des pays du Sud : "un Holocauste pour l’Afrique" La Bolivie a critiqué « les méthodes employées » pour obtenir cet accord, estimant que le premier ministre danois Lars Loekke Rasmussen, président de la conférence, avait « fait obstacle à la démocratie et à la transparence ». La déléguée du Venezuela l’a quant à elle accusé d’avoir « conduit un coup d’état contre les Nations unies ».

Cuba s’en est pris à Barack Obama, accusé de « s’être conduit comme un empereur et d’avoir « annoncé un accord qui n’existe pas ». De fait, contrairement aux annonces des pays du Nord, les 193 pays participant à la conférence n’ont pas approuvé la proposition.

C’est du Soudan, représentant l’Afrique, qu’est venu l’attaque la plus violente. Son délégué, Lumumba Stanislas Dia-Ping, a estimé que l’accord proposé « appelle l’Afrique à signer un pacte suicidaire ». « C’est une solution fondée sur des valeurs qui ont envoyé six millions de personnes dans les fours en Europe », a-t-il poursuivi, sous les protestations des délégués européens et américains.

Principal grief du Sud : les conditions dans lesquelles cet accord a été trouvé. Le Nord aurait négocié en secret, en contradiction avec les règles des Nations Unies, où le multilatéralisme prévaut.

Source : Cdurable


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