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Le pied sur l’accélérateur
lundi 2 juin 2008
La Politique québécoise de gestion des matières résiduelles arrive à échéance à la fin de l’année, et bien peu de municipalités auront atteint l’objectif du gouvernement de valoriser 65 % des déchets. L’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui a participé la semaine dernière à la journée d’échanges sur la valorisation des matières résiduelles organisée par Recyc-Québec, reconnaît qu’il faudra « mettre le pied sur l’accélérateur » au cours des prochaines années.
Le dernier bilan de la gestion des matières résiduelles au Québec publié par Recyc-Québec fait état d’un taux global de récupération de 53 % en 2006, le secteur de la construction étant le plus performant, avec un taux de près de 70 %. Les municipalités traînent la patte, avec un taux de récupération de seulement 32 % en 2006.
Ce piètre résultat s’explique en grande partie par la quasi-absence de collecte des matières organiques. En 2006, seulement 8 % des 1 322 000 tonnes de matières organiques ont été valorisées.
« Les objectifs fixés étaient ambitieux, et le gouvernement n’a pas voulu les réduire. Ça prenait de l’argent, et les moyens n’ont pas suivi tout de suite », souligne d’emblée le président de la commission de l’environnement de l’UMQ et maire de Salaberry-de-Valleyfield, Denis Lapointe, qui ne croit pas, par ailleurs, que les municipalités doivent se sentir gênées des résultats obtenus jusqu’à maintenant. « Il y a eu des progrès au cours des dernières années », insiste-il, rappelant que le taux de récupération par les municipalités était de 23 % en 2004.
Mais les municipalités doivent faire plus, convient-il. Une de leurs priorités : choisir les meilleurs modes de traitement des déchets le plus rapidement possible. « Ça presse de prendre ces décisions, parce que la naissance d’une usine, ça peut prendre deux, trois ou quatre ans... »
Le problème, à l’heure actuelle, c’est que les municipalités se perdent dans le langage des nouvelles technologies de traitement des matières résiduelles, remarque M. Lapointe. « La gazéification, la pyrolyse, la digestion anaérobie... Il faut prendre des décisions, mais on ne sait plus à quel saint se vouer », laisse tomber le maire Lapointe, qui partira sous peu en mission au Japon pour en apprendre davantage sur ces technologies. Les municipalités pourront les apprivoiser à leur tour au cours d’un forum que l’UMQ prévoit organiser l’automne prochain, précise-t-il.
Un autre défi pour les municipalités sera de réussir à faire financer à 100 % leurs coûts de recyclage d’ici deux ans, dit M. Lapointe. Et les entreprises devront faire leur part, croit-il. « C’est elles qui nous amènent de l’emballage, et c’est nous qui devons en disposer. Les entreprises ont le beau jeu à l’heure actuelle. Il faut absolument trouver une façon de défrayer les coûts de recyclage du carton, du papier et du plastique qui proviennent des entreprises », estime M. Lapointe, selon qui l’idéal reste évidemment que les entreprises produisent moins d’emballages et éliminent ceux qui ne se recyclent pas.
« Le même problème se pose pour le papier journal et les revues. Faut-il faire contribuer les entreprises qui produisent ces choses-là ? Parce que pour l’instant, ce sont les citoyens qui paient pour le recyclage par l’entremise de taxes », rappelle M. Lapointe, qui ne souhaite pas « faire fermer des entreprises, mais bien plutôt trouver des solutions pour que ça coûte moins cher aux municipalités ».
Si le défi est grand pour les municipalités en matière de recyclage, il l’est encore plus en ce qui a trait à la collecte et à la gestion des matières putrescibles, note encore M. Lapointe. « Comment on fait pour mettre en place des systèmes de compostage dans les quartiers de Montréal où il n’y a que des logements ? Comment on fait la collecte à trois voies dans des espaces exigus ? C’est déjà compliqué de recycler... »
Une étude menée plus tôt cette année par l’Institut national de la recherche scientifique et La Presse révélait que les villes québécoises enfouissaient près de cinq fois plus de déchets qu’elles n’en recyclaient (400 kilos par année de déchets enfouis pour chaque habitant contre 85 kilos recyclés). Le taux de recyclage augmente, mais la génération de déchets continue de croître à un rythme soutenu. Il n’y a pas à dire : les villes feraient moins piètre figure en matière de valorisation des déchets si on produisait et consommait de façon responsable.
Le premier R des 3RV (réduction, réemploi, recyclage et valorisation), principe de base de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008, doit vraiment demeurer une priorité pour les prochaines années. Les entreprises devront réduire significativement la production de matières résiduelles en agissant sur la fabrication et la mise en marché des produits. De son côté, le gouvernement devra veiller sérieusement à l’atteinte des objectifs, quitte à serrer la vis aux récalcitrants.
Source : Le Soleil
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