Les pétrolières ont encore gagné
mercredi 12 mars 2008
Auteur : Gilles Toupin
Le projet de réglementation des industries pour lutter contre les changements climatiques annoncé lundi par le gouvernement conservateur a été dénoncé à l’unanimité hier par les écologistes et les partis de l’opposition.
« Ce plan est réellement une tentative de faire porter aux Canadiens le fardeau de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) issus des sables bitumineux tout en permettant à l’industrie pétrolière d’accroître ses profits », a lancé en conférence de presse John Bennett, directeur exécutif du Réseau action climat Canada, organisme qui regroupe plusieurs organisations de défense de l’environnement dont Équiterre, Greenpeace, le Sierra Club, l’Institut Pembina et la Fondation Suzuki.
« Ce plan est fait sur mesure pour les pétrolières », a lancé à son tour le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, à la Chambre des communes.
Pour tous ces opposants aux « mesures concrètes » annoncées lundi par le ministre de l’Environnement, John Baird, pour lutter contre les changements climatiques, le gouvernement a manqué une occasion en or de renforcer un protocole réglementaire ébauché en avril 2007 et déjà rejeté par les provinces - sauf l’Alberta - et par les experts scientifiques.
« L’approche du gouvernement est une approche perverse. Elle ne change aucun des éléments fondamentaux erronés de l’année dernière et erronés voici 10 ans. Elle ne propose pas de cibles absolues. Les émissions ne réduiront pas en raison de ce plan. Ce n’est pas un plan sévère. C’est un plan très facile. (...) C’est une tentative pour faire croire aux Canadiens que le gouvernement a fait quelque chose pour lutter contre les changements climatiques alors qu’en réalité il prolonge la vie des puits de pétrole en Alberta », a condamné John Bennett.
Les reproches faits à l’approche Baird sont nombreux : les cibles avancées de réduction des GES sont toujours des cibles d’intensité et non des cibles absolues, les cibles nationales pour 2020 n’ont pas changé et demeurent très loin des cibles préconisées par les scientifiques, le fonds technologique annoncé par Ottawa permettra aux grands pollueurs de rencontrer leurs cibles sur papier plutôt que de réduire réellement les émissions de GES, puisqu’ils n’auront qu’à verser un montant compensatoire dans le fonds pour continuer à polluer.
Clare Demerse, de l’Institut Pembina, a ainsi reproché au nouveau protocole réglementaire de réduction des GES de s’appuyer sur des cibles d’intensité (soit par unité de production) plutôt que de s’engager dans des réductions absolues comme cela se fait partout au monde. Les cibles d’intensité n’empêchent pas l’augmentation de la production, a-t-elle fait valoir, donc l’augmentation potentielle des émissions absolues. « L’Union européenne, la Californie, la proposition des États du Nord-Ouest américain, les trois candidats en lice à la présidence des États-Unis, tous utilisent des cibles absolues de réduction des GES », a rappelé Mme Demerse lors de la conférence de presse du Réseau action climat.
La proposition de captage et de séquestration du CO2 avancée par Ottawa, soutiennent les opposants au projet, donne quasiment carte blanche aux pétrolières et aux centrales thermiques au charbon qui ne seront pas astreintes à des réductions importantes d’ici 2018.
« Les cibles les plus importantes deviennent obligatoires en 2018, soit dans 10 ans, a insisté Mme Demerse. Et tout ce qui a été construit depuis 2004 et tout ce qui sera construit jusqu’en 2018 n’aura pas de contraintes importantes en matière de réduction des GES. Les pétrolières ont encore gagné. »
Le Réseau action climat a d’ailleurs calculé que les émissions absolues de GES issues des sables bitumineux vont doubler de 2006 à 2018, malgré les nouvelles mesures gouvernementales.
Les écologistes font remarquer de plus que la date obligatoire de départ de 2012 pour le captage et le stockage du carbone encourage les pétrolières et autres grandes industries à construire dès maintenant de nouvelles installations afin d’éviter de devoir se conformer aux règles plus rigides qui toucheront les nouvelles installations dès 2012.
« Les émissions de GES vont augmenter de 100% de 2006 à 2020 », a soutenu en Chambre hier le critique du Bloc québécois en matière d’environnement, Bernard Bigras. Le Bloc a d’ailleurs particulièrement insisté sur le fait que le plan Baird ignorait complètement les efforts faits par le Québec entre 1990 et 2006 pour réduire de 20% les émissions de GES de son secteur manufacturier.
Source : La Presse
fr
Secteurs
Secteurs de l’énergie
?
|
|
|
|
Stratégie de communication Internet: Christelle Masson, MBA |
|
