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Quand deux vertus s’opposent
lundi 16 juin 2008
La ministre de l’Environnement, Line Beauchamp, affirmait la semaine dernière qu’il y aura un débat « presque moral » à faire au cours des prochains mois entre deux principes de base de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles : la réduction à la source et la valorisation des déchets. Deux principes qui s’entrechoquent, mais qu’il faudra apprendre à concilier, a dit la ministre.
« C’est important de continuer à mettre tout l’accent sur la réduction à la source de la production de déchets, mais ça s’entrechoque avec un principe qui dit qu’on peut valoriser les déchets, notamment sur le plan énergétique », a déclaré la ministre de l’Environnement, qui réagissait au rapport de la Commission des transports et de l’environnement sur la gestion des matières résiduelles au Québec.
Le problème, a-t-elle expliqué, c’est que qui dit valorisation des déchets dit aussi nouvelles technologies et technologies performantes. « Or, quand on parle de technologies, habituellement, pour les rentabiliser, on va parler d’un certain volume de déchets à traiter. (...) Si on parle de valoriser des déchets, est-ce qu’on ne se dira pas : je peux en produire, des déchets, il n’y a pas de problèmes, on fait des sous avec... », a soulevé Mme Beauchamp, selon qui la prochaine politique québécoise de gestion des matières résiduelles devra « mieux camper ces deux principes-là ».
Le recyclage et la valorisation des sacs en plastique illustrent parfaitement ce dilemme, constate Pierre Dubois, chargé d’affaires pour l’Industrie des plastiques et de l’environnement du Canada (IPEC).
Citant une étude du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) effectuée pour le compte de Recyc-Québec, M. Dubois rappelle que le sac en plastique conventionnel, parce qu’il peut être recyclé grâce à divers procédés permettant de produire de l’électricité ou de fabriquer un vaste éventail de produits, constitue à l’heure actuelle une solution plus écologique que les sacs en plastique biodégradables et compostables, ceux-ci n’étant pas compatibles avec le processus de recyclage du plastique.
Alors que, d’un côté, on insiste sur l’importance de réduire le nombre de sacs en plastique non biodégradables, de l’autre, pour que les entreprises spécialisées dans le recyclage et la transformation des matières plastiques se développent, il faut du volume. « Plusieurs n’osent pas se lancer dans ce marché-là parce qu’ils craignent d’avoir des problèmes d’approvisionnement », remarque M. Dubois.
Pourtant, bon an mal an, environ deux milliards de sacs en plastique sont remis aux consommateurs québécois. Et la ministre Line Beauchamp n’a pas l’intention de les interdire ou d’aller de l’avant avec des mesures coercitives — pas question d’imposer une taxe — pour en limiter la distribution, privilégiant plutôt les mesures volontaires. « Ce n’est pas demain la veille qu’on verra disparaître les sacs en plastique au Québec. Il y en aura toujours sur le marché », dit le porte-parole de l’IPEC.
Le problème, à l’heure actuelle, c’est qu’alors qu’on continue de distribuer des sacs en plastique à la tonne, trop peu sont recyclés. Pour toutes sortes de raisons, plusieurs se retrouvent dans les incinérateurs ou les centres d’enfouissement. La semaine dernière, un sondage CROP nous apprenait que près du quart des Québécois jetaient encore leurs sacs en plastique vides à la poubelle. On sait également que plusieurs municipalités, dont la Ville de Québec, ne recyclent pas les sacs en plastique, et que celles qui le font les expédient généralement en Chine.
Louis Métivier, président de Recyc RPM, une entreprise de Saint-Damien spécialisée dans la récupération et la transformation des plastiques, explique qu’il n’y a pas vraiment de marché pour le recyclage des sacs en plastique au Québec.
« Il y a des entreprises qui en prennent un peu, mais pour que ça marche vraiment, il faudrait qu’une entreprise ait l’exclusivité. Nous, on aurait accepté de se lancer là-dedans si Recyc-Québec avait voulu nous garantir l’exclusivité. Ça prend ça pour être assuré de ne pas manquer de matières premières », dit M. Métivier, selon qui « on aurait le volume au Québec » pour faire vivre une usine spécialisée exclusivement dans le recyclage de sacs en plastique.
Selon lui, le marché de la récupération des plastiques en général n’est pas très vigoureux au Québec. « Il y a trop d’entreprises pour ce qu’on a de matières premières. Le taux de récupération n’est pas assez élevé », dit-il.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, donc, il faut, tout en réduisant les déchets à la source, en récupérer suffisamment pour alimenter les entreprises spécialisées dans le recyclage et rentabiliser les nouvelles technologies de traitement des matières résiduelles.
Source : Le Soleil
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