Transformant les matières premières issues de l’agriculture, de l’élevage ou de la pêche en produits alimentaires destinés essentiellement à la consommation humaine, l’industrie agroalimentaire est au cœur de nombreux enjeux sociaux, environnementaux et économiques.
« La destinée des nations dépend de la façon dont elles se nourrissent ». [1]
Poids économique du secteur au Québec. [2]
Emploi : au Québec, la transformation alimentaire se situe au premier rang des employeurs du secteur manufacturier, représentant près de 72 000 emplois directs, qui se retrouvent dans plus de 1 400 établissements, et plus de 125 000 emplois indirects. En terme d’emplois, le secteur se place devant les industries des produits chimiques, du matériel de transport, du papier, des produits électriques et électroniques et est également le premier expéditeur manufacturier au Québec.
PIB : l’industrie de la transformation agroalimentaire constitue le second secteur manufacturier avec 5,1 milliards de dollars de produit intérieur brut, représentant 34 % du PIB total de l’industrie bioalimentaire québécoise. Exportations : le Québec a enregistré des exportations de l’ordre de 3,2 milliards de dollars en 2006 ; la croissance de ce secteur dépend des exportations qui croissent à un taux plus rapide que les expéditions.
Dimension structurante de cette industrie sur le secteur agricole : 85 % de la production agricole du Québec compte sur cette industrie comme principal débouché commercial.
Des enjeux sociaux, regard sur l’obésité
La santé des citoyens est devenue une préoccupation majeure pour bon nombre de pays. Les gouvernements prônent de saines habitudes de vie, incluant une bonne alimentation et la pratique d’activités physiques sur une base régulière, en témoignent leurs divers programmes de prévention. La responsabilité face à des enjeux de santé publique, ne dépend pas uniquement des gouvernements. Dans la limite de ses ressources, chaque personne est responsable de ses choix alimentaires. Mais les publicités de l’industrie agroalimentaire sont en partie responsables de la dégradation des comportements alimentaires. Il est temps que toutes les entreprises de ce secteur entreprennent une réflexion - suivie d’actions - sur leurs produits et leurs pratiques publicitaires. Au Canada, des progrès ont été réalisés en terme de techniques publicitaires manipulatrices, vantant les mérites d’aliments riches en gras et en sucre, à l’égard du public vulnérable que représentent les enfants. « Les messages publicitaires destinés aux enfants de moins de douze ans, radiodiffusés dans tout le Canada (à l’exception du Québec où la publicité destinée aux enfants est interdite par la loi), doivent respecter les lignes directrices fixées par le Code de la publicité radiotélévisée destinée aux enfants ». [3]
Pourtant, les études scientifiques des dernières années ont permis de constater que l’intense publicité d’aliments peu nutritifs et hautement calorifiques et l’écoute de la télévision avaient un lien direct avec les choix alimentaires des enfants et étaient étroitement reliés au développement de l’obésité. [4] Depuis 1978, les taux d’obésité des enfants et des adolescents ont plus que doublé, et le phénomène de l’embonpoint et de l’obésité combinés s’est accru de 70 %. On peut donc mettre en doute l’efficacité des différentes réglementations et autoréglementations de l’industrie.
L’industrialisation de la production agroalimentaire à grande échelle, l’appât du gain, la création de valeur uniquement pour les actionnaires, se trouvent sur le banc des accusés dans le procès des conséquences sur notre santé (obésité, ingérence de produits de mauvaise qualité, etc.). Le consommateur n’est pas toujours aidé dans sa volonté de faire des choix éclairés : si l’étiquetage des produits a progressé en termes de taux de gras, de gras trans, de sucre, de cholestérol, etc., les règles ne sont pas uniformes relativement à l’importation des produits étrangers, notamment à l’égard de celles qui fixent les niveaux de résidus de pesticides. [5] De plus, la prévention nutritionnelle de la part des entreprises est limitée.
Des enjeux sanitaires, l’exemple de la salubrité
Il est difficile d’estimer l’incidence mondiale des maladies d’origine alimentaire mais, selon l’Organisation Mondiale de la santé, juste aux Etats-Unis, on estime que 76 millions de cas surviennent chaque année, entraînant 325 000 hospitalisations et 5 000 décès. [6] La salubrité est l’épée de Damoclès des entreprises de transformation alimentaire : sur ce point, des événements, comme le problème de la bactérie Listeria l’an passé, ont éveillé à l’importance de la sécurité et de l’inspection des aliments afin d’éviter ce genre d’accidents industriels. La qualité des produits offerts et la sécurité alimentaire par l’industrie constituent donc un défi majeur.
D’innombrables enjeux environnementaux : des GES à la durabilité
L’industrie agroalimentaire cause de nombreuses répercussions sur l’environnement, elle doit donc faire sa part dans leur réduction par la prévention de la pollution engendrée par ledit secteur et en amont par les pratiques agricoles : réduction de la quantité d’eau utilisée, efficacité énergétique tout au long du processus de transformation, prévention des déchets, baisse du volume et du poids des emballages à la source, choix judicieux du matériau, etc.
D’autres considérations, parfois plus sensibles sont à prendre en compte : quels sont les produits que l’industrie utilise ? Présence d’OGM, dont l’étiquetage obligatoire n’est toujours pas en place au Canada ? Espèces en voix d’extinction ? En effet, la diminution de certaines espèces constitue une menace pour l’industrie agro-alimentaire, que ce soit en matière d’approvisionnement ou bien d’image. L’exemple des ressources halieutiques reflète parfaitement le problème. Le leader européen des plats surgelés, Findus, est devenu la figure de proue de la pêche responsable en Europe, avec son programme Respect des ressources marines. En collaboration avec des pêcheries, des ONG, l’entreprise a classifié les espèces de poissons utilisées et mis sur pied un comité, chargé régulièrement d’examiner les espèces selon une dizaine de critères, notamment la capacité de régénération des stocks, l’endommagement de l’écosystème, la traçabilité des bateaux, etc. Certains de ses produits sont également certifiés MSC (Marine Stewardhip Council), reconnu par le Code de conduite de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour une pêche responsable et conforme aux Directives de la FAO pour l’étiquetage écologique du poisson.
La contribution du secteur agroalimentaire à la mise en place de modes de production durables est capitale. Ce secteur devrait se mobiliser en amont en encourageant des pratiques agricoles responsables, favorisant par exemple l’agriculture biologique ; il pourrait tout autant agir en aval, en promouvant des modes de consommation responsable, incluant le commerce équitable. Traçabilité, respect des normes, étiquetage, communication, ce secteur devra s’engager beaucoup plus dans la voix de la transparence, tout en promouvant l’achat responsable, l’agriculture biologique et le respect de la biodiversité.
Les différents paliers de gouvernements peuvent également jouer un rôle en montrant le chemin aux entreprises. L’offre d’aliments sains et la protection de l’environnement font partie, entre autres, des priorités du Gouvernement du Québec dans sa vision d’avenir pour l’agriculture et l’agroalimentaire québécois, annoncée en 2008. Dans cette optique, certaines actions ont été mises en place : renforcement des activités d’inspection dans toutes la chaîne alimentaire, l’amélioration de la détection et la surveillance des maladies animales, 24 millions de dollars d’investissement sur 6 ans pour lutter contre les gaz à effet de serre, etc. [7]
Bien loin d’être suffisants, ces outils permettent cependant d’orienter le secteur de l’agroalimentaire vers la prise en compte de certaines externalités négatives environnementales et sociales. Des responsabilités que le secteur partage avec le secteur agricole, les consommateurs et bien sûr les distributeurs, de plus en plus puissants.
Regard sur la crise alimentaire mondiale
Une catastrophe d’origine humaine : l’augmentation des prix des carburants a entraîné une hausse des coûts agricoles, une contraction des stocks alimentaires et la réaffectation de terres à la production de biocarburants.
Le développement d’une filière agroalimentaire plus responsable, intervenant sur l’ensemble de la chaîne de valeur pourrait contribuer à réduire l’extrême pauvreté et la faim dans le monde.
La réduction de l’extrême pauvreté et la faim constitue le premier des huit Objectifs du Millénaire pour le Développement. [8]
Christelle Masson
Denis Karpicek
[1] Anthelme Brillat-Savarin, Physiologie du goût, 1826
[2] Données du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation (CTAC), http://www.conseiltac.com/fr/ctac/default.aspx
[3] Code publié par l’Association canadienne des radiodiffuseurs http://www.adstandards.com/fr/clearance/clearanceAreas/broadcastCodeForAdvertisingToChildren.asp
[4] Alliance pour la prévention des maladies chroniques au Canada, Marketing et publicité des aliments et boissons à l’intention des enfants, 2006
[5] Table de concertation agroalimentaire de Laval, 2007
[6] Centre des médias, OMS, http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs237/fr/
[7] Avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, http://www.mapaq.gouv.qc.ca/Fr/Ministere/Info/VsiongouvernementaleAvenir/
[8] ONU, http://www.un.org/french/millenniumgoals/
Christelle Masson
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Stratégie de communication Internet: Christelle Masson, MBA |
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